SOUVENIRS : RENCONTRE AVEC DES SANS-CHEMISES D’AMERIQUE LATINE (Partie 2)

Petit retour sur des rencontres marquantes lors d’un précédent voyage.

Au cours de mon périple, j’arrive à la Paz où je fais la connaissance d’un de ces hommes cagoulés, qui n’a fort heureusement aucun rapport avec une quelconque organisation terroriste. La capitale bolivienne est une sorte d’île, bruyante et animée, perchée au milieu des montagnes et j’essaie de capter l’atmosphère de ses surprenantes rues.

L’homme à la cagoule, s’arrête devant moi, émerveillé comme un enfant par mon appareil photo. Un peu gêné, je m’arrête de prendre des clichés. Je m’aperçois d’une telle pureté dans son regard que je décide instinctivement de l’inviter à partager “l’almuerzo” (déjeuner) avec moi. Il dévore tel un loup chaque grain de nourriture présent à notre tablée. Je suis curieux de sa vie mais en me mettant à sa place, j’imagine également que je suis une sorte d’OVNI pour lui. Il révèle avec sa voix rauque qu’il a soixante-huit ans et qu’il continue à cirer des chaussures pour survivre. Ses enfants avaient migré et il se retrouvait seul. Je connais ma chance de voyageur mais en conversant avec Natael, je la ressens encore plus gravée en moi. La France, il ne sait pas ce que c’est, tout au plus Paris est l’expression d’un vague “quelque chose”. Sa plus lointaine destination a été Santa Cruz, l’autre grande ville du pays.

Cette existence-là est injuste et l’homme n’a pas eu l’éducation et les opportunités qu’il aurait légitimement dû avoir et pourtant, l’homme ne se plaint pas. Il doit avoir de l’espoir dans quelque chose. Je lui laisse les quelques bolivianos qui traînent dans ma poche (peut-être une journée de travail pour lui contre une pinte de bière à mon auberge de jeunesse), je prends deux clichés de lui avant de repartir. Il me propose de cirer mes chaussures mais je refuse poliment. Et au moment où je le laisse, il se met à prier pour moi. Probablement étais-je une rencontre improbable un peu mystique pour lui. Deux continents avaient décidé de se rencontrer à cet instant de nos vies. Mais hélas, dès l’instant où mon dos se tourne, je sais avec une quasi-certitude que sa fin d’existence est condamnée à la misère et à l’injustice.

Natael

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2 Commentaires

  1. Commentaire par NowMadNow

    NowMadNow Répondre at 10:23

    Pfff, voilà un article qui marque.
    Le voyage hors des sentiers battus fournit des rencontres intenses. Tu as visiblement rencontré quelqu’un qui restera dans un coin de ta tête.
    Ce qui est super, c’est que tu as saisi cette occasion, tu ne l’as pas laissé simplement passer devant toi, mais au contraire tu as provoqué une rencontre.

    Et la photo est très belle, le regard, le grain de peau.

    Félicitations pour ton blog, j’aime lire tes articles.

    NowMadNow

  2. Commentaire par Pierre

    Pierre Répondre at 17:07

    Merci Mad!
    J’aime bien ces rencontres inattendues qui sont celles qui comme tu dis restent dans un coin de la tête.
    J’espère que tu en auras de belles au cours de tes aventures 🙂

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